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2016-04-23T06:00:12+02:00

A lire : L'autorité expliquée aux parents, Claude Halmos

Publié par Delphine Basson Psychologue

 

Voici une petite fiche de lecture, pour que les parents puissent mieux comprendre à quoi sert l'autorité et peut-être leur donner envie de lire le livre de Claude Halmos.

Vous le trouvez à la bibliothèque de Pacy : 155.646 HAL

Bonne lecture !

 

 

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Savoir dire non à ses enfants. Leur mettre des limites. Beaucoup de parents racontent un quotidien gâché par des enfants. « Il faut se battre pour qu’il fasse ses devoirs, qu’il aille se coucher, pour prendre sa douche… C’est usant ! Beaucoup d’enfants arrivent malheureux, incapables de vivre sereinement au milieu des autres dans les lieux sociaux (école, garderie…). Dès la première consultation, on ne constate aucun problème particulier. Alors pourquoi tant de difficultés ? Car ces enfants « normaux » élevés par des parents « normaux » sont du fait d’un manque ou d’une insuffisance d’éducation et d’autorité empêchés de se développer normalement. Ces parents aiment leurs enfants, s’occupent d’eux, sont attentifs mais ils ne leur imposent pas ce qu’ils devraient leur imposer : soit car ils n’en comprennent pas la nécessité, soit car ils cèdent devant les larmes et les protestations de leur enfant.

L’autorité aujourd’hui fait peur car ils s’imaginent qu’elle ne pourrait être que ce qu’elle fut souvent autrefois : un instrument destiné à soumettre l’enfant au pouvoir des adultes susceptibles de porter atteinte à sa liberté, à sa personnalité et à sa créativité. Or une autre autorité existe, elle constitue le point d’appui à leur développement et leur épanouissement.

Françoise Dolto « L’enfant est un être à part entière, c’est un être en construction qui a besoin pour se construire de l’autorité des adultes, des limites qu’ils lui mettent. L’enfant ne peut pas grandir normalement sans éducation et l’éducation suppose l’autorité. »

 

Imposer les règles tout en respectant l’enfant

Il s’agit de lui apprendre, de lui expliquer les règles et de lui imposer de les respecter dans le but qu’il les respecte non par soumission mais parce qu’il en aura compris le sens et l’intérêt. C’est une nouvelle conception que l’éducation d’autrefois où on réclamait de l’enfant de la docilité, une position passive. On attend de lui aujourd’hui une position active : respecter les règles, les comprendre, se les approprier et les faire siennes.

Le respect des règles de vie va à l’encontre du fonctionnement du jeune enfant : faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut => rapport de forces jusqu’à ce qu’il intègre les règles et son utilité.

Si le parent cède pendant le rapport de forces, l’enfant ne comprend plus rien car on lui dit que la barrière est infranchissable tout en la lui laissant franchir ce qui engendre une perturbation stressante et angoissante chez l’enfant.

Nous ne sommes plus dans la soumission à l’adulte et à son pouvoir mais dans une soumission à la règle qu’enseigne l’adulte. La différence est fondamentale. L’enfant va apprendre que cette règle à laquelle l’adulte lui demande de se soumettre, l’adulte lui-même y est soumis. Ex : frapper les autres, voler… Il y a une égalité face à la règle, face à la loi : cette soumission est constructive car elle suppose quelques frustrations (on ne peut pas toujours faire ce que l’on veut) mais elle procure des bénéfices essentiels puisqu’elle permet la vie avec les autres.

L’enfant est différent de l’animal. L’animal est programmé par l’instinct et sa construction se résume à celle de son corps. La construction de l’enfant suppose celle de son corps et celle de son psychisme (=acquisition de la pensée, de la parole et de la capacité à se conduire humainement avec ses semblables.) Ce psychisme n’est pas inné dès la naissance, mais acquis au cours de la construction grâce à l’éducation et à l’autorité parentale. Il faut donc oublier l’idée préconçue : « ça se fera tout seul ! »

 

Education = humanisation

Un enfant quand il nait est un être de langage qui fonctionne comme un petit animal : il est entièrement dominé par ses pulsions ; il veut quelque chose, il le prend ; il a envie de frapper, il frappe… Il est habité par des envies qui le poussent à des actes, c’est plus fort que lui. Son seul but est d’obtenir le plus vite possible et par n’importe quel moyen, le plus de plaisir possible (tout ! tout de suite !) L’univers de l’enfant est donc loin de celui de la société civilisée par manque de respect de l’existence de l’autre et celui des règles de vie.

L’éducation met en jeu deux parties : les parents et l’enfant. Elle demande aux deux beaucoup d’efforts.

 

Comment aider l’enfant à y arriver ?

En manifestant de la compréhension et de la compassion : « C’est difficile de se soumettre aux règles de vie ! » C’est une forme de soutien, de reconnaissance de sa souffrance. C’est une façon de lui montrer qu’on l’aime et que ses efforts ne seront pas vains et lui donneront accès à un statut de grand avec de la fierté.

L’enfant est par rapport à tout ça ambivalent. Une partie de lui aimerait bien que ses parents lui cèdent et en même temps il a besoin qu’ils tiennent bon car s’ils cèdent, ils le placent devant un univers sans limites. Cet univers sans limites est la chose la plus angoissante du monde car ces enfants deviennent souvent des adultes qui remplissent leur vie d’interdits. Cette angoisse, on la retrouve d’ailleurs dans certains cauchemars.

 

Les principes de civilisation, d’humanisation :

1-       on peut tout penser, tout dire mais pas tout faire car on tient compte des autres (pas le droit de faire du mal, de les faire souffrir, ni de les tuer, ni de porter atteinte à leurs biens).

2-       On ne peut pas tout avoir, même quand on est une grande personne

3-       La sexualité est soumise à des règles : elle se passe en privé, jamais en public. Elle existe entre partenaires consentants. La masturbation est autorisée dans sa chambre à l’abri des regards.

4-       Pour réussir ce que l’on entreprend, il y a toujours un prix à payer car on ne réussit jamais sans effort : c’est une nécessité imposée par la réalité. Cela suppose de s’entrainer, d’échouer et de recommencer.

 

ë Attention :

  • l’enfant n’est pas un adulte : il n’est donc pas autorisé à faire tout ce que font les adultes
  • l’enfant a une place à part entière dans sa famille mais n’a pas toute la place. Ses parents ne sont pas seulement des parents, ce sont aussi un couple. L’enfant doit respecter leur vie de couple et ne pas s’imposer en se relevant plusieurs fois à l’heure du coucher sans motifs. Il n’a pas sa place non plus dans le lit des parents.

 

Humaniser un enfant est un travail de longue haleine. Les interdits doivent être répétés aux différents âges de l’enfant car il a besoin quand il grandit de les intégrer au nouveau niveau de développement qu’il a atteint.

 

Le rapport au pulsionnel

La prise de conscience progressive du pouvoir qu’il a sur son corps est très importante pour l’enfant. Elle lui permet d’acquérir une conscience de sa responsabilité ce qui est aussi important pour son développement moteur. Or il ne peut l’acquérir que s’il vit dans un univers balisé par des limites. On le constate en consultation quand les petits patients sont qualifiés « d’agités ou d’hyperactifs » par l’école par exemple. Leur agitation peut avoir pour cause une angoisse. Ils ne tiennent pas en place car rien autour d’eux n’est en place. Lorsque, grâce au travail thérapeutique effectué avec l’enfant et le(s) parent(s), la barre est redressée, ils s’apaisent. Cette stabilité leur permet une sécurité intérieure et une confiance en eux dont ils étaient jusque là dépourvus.

 

L’autorité parentale et la sanction

L’autorité parentale n’a de sens que si elle inclut la sanction. La sanction ne doit être une violence, ni une source d’humiliation pour l‘enfant. L’idée de sanction renvoie une majorité de parents à leur propre enfance, au souvenir des punitions injustes voire même sadiques qu’on leur a infligées.

Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises sanctions. La punition correspond à la fois à sa sensibilité, à ce que le parent perçoit chez son enfant, à ce qu’ils viennent de vivre ensemble et aussi au contexte dans lequel s’inscrit l’acte qu’il faut sanctionner.

 

La polémique sur la fessée :

La violence physique n’est pas une méthode d’éducation. La fessée ou la gifle sont souvent pour les parents un aveu d’impuissance. Il ne faut pas les banaliser ni les diaboliser. Quand l’amour et le respect forment le milieu dans lequel baigne l’enfant, il ne prend jamais la gifle ou la fessée qu’il reçoit pour une violence ou une maltraitance.

Gifle ou fessée peuvent être difficiles à éviter car les parents ne sont pas des « super héros », ils ont des limites qui varient selon les individus et selon les moments. Les manifestations de colère, de rejet… par lesquels ses géniteurs signifient à l’enfant que ce qu’il fait ou dit leur est insupportable, font en effet partie des choses qui lui permettent d’appréhender ce qu’est un être vivant. En effet, un être vivant n’est pas une peluche dont on peut faire ce que l’on veut. Un être vivant a des goûts, des dégouts, des désirs différents des siens. L’enfant prend conscience que certaines paroles ou attitudes peuvent faire souffrir son parent. Enfin, il réalise que ses géniteurs qu’il imagine dotés de tous les pouvoirs ne sont pas aussi « tout-puissants » qu’il le croyait.

Enfin, rappelons que l’enfant a besoin d’installer un rapport de forces avec ses parents. Ces affrontements lui sont nécessaires pour vérifier la solidité des limites qui lui ont été mises d’une part et d’autre part car même s’il a globalement accepté les interdits, il essaie toujours à un moment ou un autre de les faire céder et de réaffirmer sa toute puissance.

L’absence d’éducation est une maltraitance. Elle est aujourd’hui en France, la maltraitance la plus problématique et la plus répandue.

 

2 mythes compliquent beaucoup la vie des familles :

-          Le mythe de l’autorité naturelle

-          Le mythe du parent zen

C’est-à-dire les mythes du parent qui en toutes circonstances et quoi qu’il arrive serait capable de rester imperturbable : un tel parent n’existe pas !

En fait, beaucoup de difficultés des parents par rapport à l’autorité viennent de leurs peurs : peur de l’autoritarisme, peur de la tyrannie, peur que l’enfant croit qu’on ne l’aime plus, peur que l’enfant n’aime plus son parent, peur d’embêter constamment l’enfant.

Encore une fois, l’enfant a besoin que l’adulte, en se montrant capable de le freiner, de l’arrêter, lui prouve qu’il est plus fort que lui donc plus fort que le danger qu’il redoute et se révèle ainsi rassurant parce que capable de le protéger. La transgression de la règle permet donc de vérifier la solidité, la fiabilité de l’adulte et sa force susceptible de garantir sa sécurité.


 

 

Les petites transgressions du quotidien

Enfin, attention à l’accumulation de petites transgressions, en apparence mineures, mais qui en fait, si l’on y regarde de près, renvoient toutes à des règles importantes :

-          L’enfant va dans le lit des parents (se positionne en adulte)

-          L’enfant ne va jamais se coucher à l’heure ou il faut lui répéter 10 fois

-          L’enfant ne vient pas à table ou on doit aller le chercher

-          L’enfant ne fait jamais vraiment ce qu’on lui dit ou ne le fait jamais au moment où on lui demande

-          L’enfant agresse sans bruit ses frères et sœurs (pince, mord, s’empare de leurs biens…)

-          L’enfant entre sans frapper dans la salle de bains quand ses parents y sont.

 

 

 

 

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